Comme un garçon…

J’aime bien, le dimanche, me promener dans les bois derrière la maison. Quel que soit le temps d’ailleurs. Il me suffit de poser un pied sur le petit sentier, qu’il soit vêtu d’une légère chaussure de toile ou d’une botte de sept lieues, et me voilà parti pour au moins une bonne heure et demi d’aventure.

Ce jour-là, le ciel était comme le champ du père Germain, parsemé de petits moutons blancs et cotonneux se découpant sur la toile azure de la voûte céleste. Je pouvais les distinguer entre les feuilles des arbres qui, elles, n’étaient plus tout à fait vertes mais pas encore aux couleurs chaudes de l’automne. Sous mes pieds, les brindilles craquaient dans un son étouffé par l’herbe du bord du chemin sur laquelle je marchais pour ne pas couvrir mes semelles de boue. Je l’avais bien méritée cette promenade après tout. Une semaine de folie au travail m’avait tenu éloigné de la maison. Et le week-end, pas mieux : deux déménagements en série. Alors malgré les remontrances de mon épouse et les lamentations enfantines de mon fils et de ma fille, après quelques explications, me voilà parti en vadrouille, un pas suivant l’autre.

Arrivé près de l’étang, je décide de faire une pause. Je repère une vieille souche où me poser, cueille un brin d’herbe que je me cale au coin de la bouche, m’assieds et perds mon regard en direction de l’autre rive. Et c’est là que je l’aperçois… Ce garçon, la tignasse terne plus tout à fait châtain clair et pas encore striée de fils argentés, les cernes qui bordent ses yeux n’arrivent pas à estomper la clarté métallique de son regard. Il se tient donc là, lui aussi scrutant la surface de l’eau, comme s’il cherchait à apercevoir quelques perches qui, parait-il, frayent encore ici à cette époque de l’année. Malgré sa position assise, il semble bien bâti même si le temps a fait contraster le carré de ses épaules par la rondeur de son abdomen. Je détecte en lui, en observant ses traits assez fins mais sans doute d’être trop tirés, l’amorce d’une onde mélancolique. Quelque chose semble s’amplifier en lui, plus qu’un simple vague à l’âme. D’ailleurs la sienne rayonne d’une aura automnale accentuant encore un peu plus cette impression de nostalgie. Soudain je vois un rayon de soleil qui se diffracte sur sa joue… Une larme vient de perler et commence sa course le long de sa joue. Comme une réponse à son œil responsable de cette hémorragie lacrymale voici que son jumeau lâche lui aussi une petite goutte d’eau salée… Bref il pleure… et plus je le regarde plus les perles se font nombreuses, elles atteignent en nombre la pointe de son menton et les premières larmes quittent bientôt son visage… pour rencontrer, un mètre plus bas, la surface de l’étang.

C’est là que je ressens cette sensation d’humidité sur mon visage… alors que j’en vois disparaître le reflet sur la surface de l’eau que je suis en train de regarder…

Je suis assis au bord du chemin de ma forêt favorite, je suis un garçon et je pleure… mais je ne sais pas pourquoi…

Note du tôlier: Ce billet participe d’un jeu d’écriture que j’ai initié. L’idée est décrire environ 500 mots et une histoire à partir de ce thème : « Un garçon, seul sur le bord d’un chemin, pleure. Pourquoi?  »

Retrouvez les superbes morceaux d’écritures des participants sur leur sites:
* Frayer : http://frayer-monblog.blogspot.fr

* Venise: http://motspourlecrire.canalblog.com

* Emilie : http://rienaredire.unblog.fr

* Lactimelle : http://plumechocolat.wordpress.com