Abymes…

L’appel vespéral de son clavier se faisait de plus en plus pressant. Irène rêvait depuis  le retour du travail de laisser courir le bout de ses doigts sur les touches égrainant les lettres, composant les mots, construisant les phrases de textes qu’elle destinait au vaste monde… électronique.
Parfois la forme de ces écrits prenait l’aspect de conversation touchant à l’essence même de ce qu’il y a de beau dans le dialogue: une attention parfaite ! Pas un mot n’échappant à l’un ou à l’autre des humains échangeant, pas un sourire, pas une larme, pas une ombre entre une virgule sciemment posée à côté de 3 petits points suspendant leur sens à l’interprétation dirigée du lecteur.
Parfois sous la forme de textes, coups de poing, coups de gueule, coups de folie, coups de douceur.

Une fois le temps qu’elle accordait à ses proches, ceux qui de temps en temps ne l’écoutait pas, ceux que de temps en temps elle n’entendait plus, fût écoulé, elle s’approcha de cet espace aménagé autour de son ordinateur, posa sa tasse de thé sur le sous-verre prévu à cette effet et appuya sur le bouton pour allumer l’écran. Elle commença par se balader dans les conversations du réseau social prévu à cet effet à la recherche de mots auxquels s’accrocher, d’idées sur lesquels rebondir, les jolis phrases qui font sourire, les petites farces qui font bien rire et tout ceux qui les composent ces sensations mises en mots. Elle joue avec eux, sincèrement, elle rit, pleure, compatis, se réjouit, provoque, invoque tant et si bien qu’elle se prend à imaginer chacune de ses personnes, qui ne sont que des images figées et des phrases bondissantes, parfois intrusives, dans la grande toile, et à les câliner, les embrasser, les engueuler, les consoler, les gifler voire pire… les ignorer…
Puis, elle se dit qu’elle devait se mettre en retrait un instant et se donner du temps pour écrire quelque chose de plus long et intime de plus construit aussi sans doute lui permettant d’exprimer plus d’une idée à la fois, de les développer ou non à sa guise, sans autre interaction que le crépitement des touches sous ses doigts.

Elle ouvre un fichier, qui plus tard finira sur le site où elle partage ces moments de suppléments d’âme, et se retrouve devant cette représentation d’une feuille blanche (ceci n’est pas du papier) avec cette barre verticale qui clignote, comme impatiente d’être mis en mouvement, un mouvement de genèse des mots. Elle prend un instant, ferme les yeux pour chasser le vertige provoqué par la peur de la page blanche, pose ses doigts sur le clavier et tape une première lettre, puis un mot et son histoire peut commencer.

« L’appel vespéral de son clavier… »

Elle ne sait pas si elle sera lue… elle le souhaite… et en même temps peu importe…

 

 

 

 

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